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..............La lueur initiale
Cette lettre a été écrite pour mon fils avant la création de ce site mais j'ai pensé qu'elle y avait sa place.
 

Kévin, mon fils,

Un biologiste t'expliquerait certainement d'une manière différente l'origine de la vie. Il te parlerait de patrimoine génétique, de fécondation et de multiplication cellulaire. Moi, je m'apprête à t'exposer les circonstances dans lesquelles a eu lieu la première étincelle à l'origine de ta vie, le vrai éclair, la lueur initiale sans laquelle tu ne serais pas là aujourd'hui : la naissance de l'amour entre une femme et un homme qui n'auraient jamais du se rencontrer. C'était dans un petit restaurant du quartier de la gare, à Nice en octobre 1987…

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La femme qui a changé totalement ma destinée au moment où je m'y attendais le moins est arrivée dans ma vie comme la lueur d'une étoile qui vient m'éblouir au soir d'une nuit d'été.

J'aime beaucoup regarder le ciel et les nuages,  la nuit les étoiles. J'essaie alors de savourer et d'apprécier à leur juste valeur ces particules de lumière qui viennent percuter ma rétine car pour la plupart d'entre elles, cet impact est l'aboutissement d'un voyage incroyablement long.

Ces photons ont été émis d'une lointaine étoile il y a plusieurs dizaines de milliers d'années alors que sur terre, l'homme n'était encore qu'un animal comme les autres. Ils ont cheminé tranquillement tout droit dans l'univers à la vitesse de trois cent mille kilomètres par seconde sans jamais connaître leur destination. Ils ont frôlé d'autres étoiles, quelques trous noirs qui ont dévié leur trajectoire. Le seul obstacle qu'ils ont rencontré, c'est toi. Le premier et ultime impact qui met fin à cette odyssée à lieu au fond de ton œil.

Plaisir de se sentir à la fois immense et infiniment petit, insignifiant. Rire et pleurer. Vivre, mourir. Relativiser…

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Mon village aimé, j'y séjourne pour quelques jours, j'ai fini mes études parisiennes quelques mois plus tôt, cet été j'ai fait un superbe voyage en Yougoslavie avec mon grand ami Cyril. Nous sommes allés là bas en moto, revenus en train, rapatriés par Europe assistance après un accident sans gravité. Nous garderons malgré tout un superbe souvenir de ce voyage qui a encore renforcé notre amitié. Nous avons rencontré la bas des gens vraiment sympathiques. Nous avons passé avec eux des moments agréables sans imaginer que peu de temps après ils seraient plongés dans une horrible guerre.

La guerre, perspective lointaine pour le jeune Français que je suis, et pourtant…J'ai reçu il y a peu de temps mon appel au service militaire, classe 87/12. Je devrai me rendre sur mon lieu d'affectation que je ne connais pas encore, dés le 2 décembre. Pour ne pas perdre mon temps pendant les 3 mois qui séparent les vacances du service, j'ai décidé de travailler comme animateur en grande surface dans le domaine qui est le mien, les vins. C'est l'époque des foires aux vins et les gens qualifiés sont recherchés et bien payés (deux fois plus qu'un animateur classique). Je n'ai donc que l'embarras du choix depuis que j'ai rencontré un recruteur parisien à qui j'ai apparemment plu. J'arrive de quelques jours d'animations à Annecy qui succédaient à une longue période parisienne ou j'ai travaillé pour quatre ou cinq sociétés différentes.

Aujourd'hui, un agent de Bordeaux m'appelle pour me proposer des animations. Parmi les offres, une semaine complète (6 jours) à Nice, c'est loin et je réfléchis longuement avant de me décider. La mer, les palmiers, finalement c'est sympa, je prends !

Je téléphone immédiatement à l'office du tourisme de Nice et à ma grande surprise, j'arrive à trouver un petit hôtel prêt d'Euromarché TNL ou je vais travailler, à coté d'Acropolis en plein centre ville à 70 francs la nuit avec le petit déjeuner. Je réserve immédiatement pour la semaine complète au risque de me retrouver dans un immonde dortoir comme le prix pourrait le laisser supposer…

Demain dimanche, je prends le train…

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Amplepuis, Lyon Part-Dieu, Marseille. Entre Marseille et Toulon, je me souviens d'une expérience intéressante, nous étions cinq ou six dans le mini compartiment du train "corail", chacun occupé à lire, regarder le paysage ou plongé dans ses pensées, mais comme toujours les regards se fuient et personne ne parle. Un homme me demande alors ou je vais puis ce que vais-je faire à Nice. Renseigné sur mon activité "vinicole", il demande à une fille qui lit un magasine gastronomique si elle s'intéresse aux vins et la "branche" directement avec moi sous prétexte d'intérêts communs. Pendant que je discute avec cette fille, cet homme parle avec les autres passagers et bientôt s'installe entre tous une discussion bon enfant. Quand, à Toulon, l'homme nous salue,  je lui demande à mon tour, sous prétexte de revanche,  ce qu'il fait dans la vie et à Toulon plus particulièrement. Il me dit paisiblement "Toute ma vie, j'ai voyagé et je passe ma retraite à Toulon. J'étais employé par le Club Méditerranée pour aider les clients du club à tisser des liens, les amener à se connaître, se parler et créer ainsi une ambiance familiale…" Il s'en va. Nous éclatons tous de rire dans le compartiment et continuons notre voyage vers Nice dans une ambiance presque… familiale.

 

Nice, il est tard et j'ai une grosse demi-heure de marche pour aller de la gare à mon hôtel. Le ciel est étoilé, les palmiers luisent sous la lumière des projecteurs filtrée par les jets d'eau d'Acropolis. Je me sens bien, comme toujours quand je voyage seul. Le confort de la solitude, ce n'est pas la lassitude des autres, j'aime la compagnie mais j'associe intimement voyage, liberté et aventure. On apprécie plus pleinement ce cocktail quand on est seul…..

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   Souvenirs ; Le plus savoureux de ces cocktails, je l'ai bu à grandes goulées un an plus tôt lors de mon arrivée à New York. Seul, rêvant de grands voyages et d'Amérique depuis mon enfance, je descendais d'un avion en provenance de Reykjavik (Islande) ou j'avais fait une escale pendant laquelle le soleil de minuit éclairait de sa lumière discrète le tarmac de Keflavik. Je découvrais le nouveau monde de la meilleure façon possible à mon goût, solitaire parmi la foule de l'aéroport Kennedy.
Sensations. Premier contact avec la chaleur humide qui sévi l'été dans les trois quarts de la planète mais dont les Français sédentaires, habitués à la chaleur sèche, ne soupçonnent pas l'intensité. Stress tonifiant de l'incertitude. Incrédulité devant ces gens au regard vide, j'ai envie de leur crier "on est à New York, à New York !!! C'est extraordinaire !! " Bizarre, cela a l'air de leur sembler tellement normal…Incrédulité devant ces énormes voitures dont je ne soupçonnais pas l'existence ailleurs que sur le petit écran. -Orgueil: "Moi, Franck d'un petit village de France, je suis à New York."  -Peur:"Mais qu'est ce que je fous là ?" -Inquiétude: "Mais…. J'ai un avion à prendre".  -Peur à nouveau " ou vais-je le prendre ce foutu avion ?"(L'aéroport JFK est comme une ville ou il faut prendre le bus pour aller d'un terminal à un autre). -Nonchalance apparente et envie d'exploser lorsqu'une hôtesse me dit "Monsieur, un billet pour Rochester a été réservé pour vous à la Piedmont.". Euphorie devant les écrans de télé individuels fixés à chaque siège de la salle d'attente. Sérénité devant les quatre cafés que je me souviens avoir bu pendant l'heure de vol jusqu'à Rochester au grand étonnement de l'hôtesse." (Plus de trente heures de voyage cela commençait à peser, je ne sais pas encore que le voyage retour prendra lui, plus de quarante heures…)

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Je marche comme souvent perdu dans mes pensées et quand je reprends mes esprits, je ne sais plus trop ou je suis mais je m'en moque. Personne ne m'attend, je suis libre, il fait chaud alors que quelques heures plus tôt à Lyon, j'étais en pull. Bon ou vais-je, je ne connais pas Nice et il faut que je trouve mon hôtel. Tiens le voilà, il n'a pas l'air si mal…Le mec de l'entrée est sympa, je paie cash pour la semaine. La chambre est petite mais propre. Allez, au lit, demain : boulot.

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Le supermarché est relativement petit à coté des hypers parisiens, le chef du rayon liquide n'est pas embêtant, et dés le premier jour, je rencontre deux autres animateurs qui me plaisent bien. Ils travaillent pour le même agent que moi et viennent de Bordeaux, nous sympathisons rapidement, mangeons ensemble à midi. L'un d'eux est hollandais et il parle couramment quatre langues alors nous parlons parfois en Anglais. Comme à chaque fois que je rencontre un étranger je le bombarde de questions sur son pays, sa culture…Ils m'épatent, ils ont trouvé un hôtel moins cher que le mien, dans le quartier de la gare ...

  Le mercredi, mon agent m'appelle pour me demander si je peux passer les trois jours suivants à Marseille, cela l'arrangerait… Je ne veux pas accepter car je me trouve très bien à Nice. Alors qu'il insiste de plus en plus, je pense tout à coup au fait que j'ai payé mon hôtel pour la semaine complète. Devant cet argument de poids, il abandonne. A ma grande joie, je reste à Nice. Heureusement…

  Le vendredi soir, comme parfois dans la semaine, je vais avec mes deux collègues jusqu'à leur hôtel en bus et nous mangeons dans un des nombreux petits restaurant bon marché qui pullulent autour de la gare.

Il est environ dix neuf heures et j'ai été mis en appétit par quelques huîtres offertes par un animateur voisin (et accompagnées par une bouteille de vin blanc que j'ai apporté en échange). Nous appelons cela deux animateurs complémentaires…Parfois, je me régale de fromages ou de foie gras…

Je ne me souviens pas de tout le menu mais seulement de l'entrée : une soupe de poissons avec une sauce rouille forte et abondante dont je vais à nouveau entendre parler.

Ce restaurant est vraiment simple et sympas, tous les soirs un espagnol met une ambiance géniale. Il parle très mal le français mais chante parfaitement et joue à merveille de la guitare.

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Nous sommes à table depuis environ un quart d'heure quand Elle entre. Ta maman est là. C'est la première fois que je la vois et je n'oublierai jamais cet instant, elle est habillée très simplement d'un jean et d'un petit pull vert et elle a son éternel sourire qui charme tous ceux qui la connaissent.

Nous la remarquons tous dès son entrée, mes deux compères et moi. Nous nous lançons le regard complice des amis qui voient une belle fille. A leur grande surprise, j'annonce immédiatement : "Cette fille ne ressortira pas d'ici sans que j'aie tenté ma chance avec elle sinon je m'en voudrais toute ma vie !" En fait, depuis quelques mois j'ai décidé de tenter systématiquement de faire connaissance avec les filles qui me plaisent vraiment, ceci en vertu des principes "qui ne risque rien n'a rien" et  "le jeu en vaut la chandelle", sans préjuger du résultat en fonction de leur beauté ou de leur inaccessibilité. Tout en sachant que le seul danger n'en est pas un, me faire envoyer promener, cela n'est pas grave du tout. Mes derniers succès me poussent à croire que tout est possible et c'est pourquoi je n'hésite pas un instant à me jeter ce défi périlleux. Mes amis, conscients de la difficulté de mes projets, me charrient allègrement et se réjouissent de ces paroles qui donnent tout à coup au repas la dimension d'un repas spectacle (Bien qu'ils doutent beaucoup de ma capacité à passer à l'acte).

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  Je continue mon repas tout en réfléchissant à la manière dont je vais m'y prendre. Je réalise peu à peu la difficulté de l'entreprise, je ne connais strictement rien à la psychologie japonaise, je ne sais pas si nous parlons une langue commune. Elle voyage et doit penser à autre chose qu'aux garçons. Elle a tellement de classe, elle à l'air si gentille, si timide et si bien élevée que si je me lève et vais directement à sa table pour lui parler, elle va me prendre pour un fou.

Le chanteur espagnol s'approche de notre table en jouant un air entraînant, j'attend qu'il termine et l'appelle : "pourrais tu aller jouer une chanson d'amour à la jeune Japonaise au pull vert, en précisant que c'est de ma part ?". Cela l'amuse beaucoup et après avoir glissé dans sa poche la pièce que je lui tends, il se dirige directement à sa table. Je le vois parler pendant un temps très court et commencer quasi directement une belle chanson d'amour.

Mes amis sont admiratifs devant cette idée originale et je ne suis pas peu fier de la tournure des évènements, mais restons calmes, le plus difficile reste à faire…

C'est pendant la chanson que je remarque pour la première fois qu'elle a tourné la tête lentement et fort discrètement pour me lancer un regard furtif. Je suis persuadé que ceci est dû au cadeau musical mais je rayonne de bonheur. C'est la première fois que nos regards se croisent et la décharge d'adrénaline que cela me procure me ravie même si elle provoque un léger rougissement qui fait siffler mes amis de plaisir. Ce petit quart de tour de tête va se répéter plusieurs fois au cours du repas. Elle tombe invariablement sur mon regard fixé sur elle et sur mon sourire que j'essaie de rendre irrésistible, je crois que cela la gêne énormément mais que faire d'autre ? Mes amis me pose la question : "et maintenant ?" Maintenant, je ne sais pas !! Mais alors pas du tout ce que je vais faire. Alors j'attends. L'émotion me fait perdre l'appétit, et j'attends…

Elle termine son dessert, je m'inquiète. Son amie se lève, je suis bouleversé. Elle se lève à son tour, je m'affole. Alors qu'elle commence à se diriger vers la sortie et que je panique totalement, je guette désespérément le moindre  regard qui me permettrait peut être de rebondir. Je prie Dieu... Et mon vœu est exaucé, à peine son œil se pose-t-il sur moi, je vois mon doigt levé s'interposer entre nous comme s'il agissait de lui même. Je n'ai pas réfléchis pour lui faire ce signe qui dans le monde entier veut dire "pourriez vous venir ici". A ma grande surprise elle se dirige vers moi. Je ne me sens plus. Que vais je bien pouvoir lui dire ? Son amie est restée clouée sur place et il me semble que son regard fortement réprobateur ne va pas simplifier la suite des évènements.

"Vous parlez français ?" Elle me répond par la négative en agitant ses deux mains de droite à gauche à la hauteur de sa poitrine. Je remarque la finesse de ses doigts et la beauté de ses mains si féminines. Elle est à un mètre de moi et elle me fait l'effet d'une lampe à soudure qui s'approche d'un cube de glace. Je fonds d'inquiétude quand je lui pose la question dont la réponse, si elle est négative, pourrait tout stopper net : "Do you speak english ?". Elle me répond "Yes". C'est le bonheur ! Je craque en entendant pour la première fois sa voix si douce et si féminine, presque enfantine. (A partir de ce moment là et pendant des années, nos dialogues se feront uniquement en Anglais.)

Elle accepte de prendre un verre à notre table, s'installe à coté de moi et sa copine la suit avec une gêne non dissimulée. Je commande une bouteille de vin. (Car si cela fait ringard chez nous, je sais bien qu'à l'étranger, c'est très "classe"...)

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Mes amis qui étaient restés très passifs jusqu'alors me surprennent par leur engouement à prendre part à la conversation. Elle m'explique qu'elle travaillait à l'école de langues "Berlitz" à Tokyo comme secrétaire bilingue et qu'elle a démissionné de son poste pour découvrir l'Europe. Nous apprenons qu'elles voyagent toute les deux depuis plus d'un mois, elles ont déjà parcouru la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la Suisse avant de revenir sur la côte d'azur. Leur voyage devait durer deux mois. Nous étions pleins d'admiration devant ces deux petites femmes à l'air si fragile qui parcourent le monde en toute liberté. 

J'avoue avoir eu quelque inquiétude sur l'âge de ta maman car elle avait l'air tellement jeune que je m'attendais à tout quand je lui posais la question. Je lui fais répéter deux fois quand elle me dit avoir vingt-cinq ans, je pense que malgré son très bon niveau d'Anglais, elle se mélange les pédales avec les chiffres. Mais non elle insiste, elle a bien vingt-cinq ans. C'est d'ailleurs pourquoi, quand, à son tour elle me demande mon age, je lui réponds "Moi aussi" (J'ai en fait vingt et un ans mais je n'ose pas l'avouer, de toute façon, cela n'a pas l'air du tout de la surprendre. Ma chemise et ma cravate doivent me vieillir quelque peu. C'est fou comme l'on n'a de cesse de se vieillir avant l'age de vingt-cinq ans et de se rajeunir après…). Elle me demande ce que je fais à Nice et je lui explique tout, je sors même un petit papier de mon portefeuille et inscris dessus l'adresse du supermarché tout en dessinant un plan pour le situer dans Nice.

Nous parlons beaucoup et ne voyons pas le temps passer. Le propriétaire du restaurant vient nous rappeler qu'il va fermer, alors nous nous levons pour sortir. Dehors, il fait chaud, c'est l'été indien de Nice, on peut sentir les odeurs de la ville qui se mêlent aux parfums de la mer et de la Provence (Parfums qui sont particulièrement forts et agréables les soirs après une chaude journée). J'adore cela, je me sens bien, mais il me faut trouver quelque chose pour que la soirée ne s'arrête pas là. Je me souviens avoir proposé une promenade sur la plage et un éventuel bain de minuit, ta maman n'est pas contre, mais les autres ont l'air  incrédule, alors on abandonne l'idée et l'on se dirige vers un bar pour boire une autre bouteille.

Je me souviens que ta maman ne s'est pas assise à coté de moi mais j'analyse la chose et l'attribue à la position des autres plus qu'a sa volonté personnelle. Je me retrouve donc à coté de son amie et plus j'essaie de la faire parler, moins j'y arrive, je finis par me demander si elle parle Anglais. En fait, je me rends vite compte qu'elle est d'une excessive timidité, elle ne fait qu'écouter, sourire et acquiescer de la tête. Pas contrariante.(Elle est toujours comme cela de nos jours quand je la rencontre au Japon). Pendant ce temps, Arnaud, le hollandais parle beaucoup avec ta maman. Il est beau mec et parle très bien l'anglais, je crains vraiment de me faire "griller".

Je me sens de moins en moins bien, je leur demande de m'excuser et je pars aux toilettes. Quand je reviens, je sais que j'ai quelques problèmes digestifs, et je ne sais pas si je dois les attribuer aux huîtres, à la rouille ou à la véritable fascination que j'éprouve pour elle et qui me prends vraiment aux tripes. (L'idée m'effleure car, aussi incroyable que cela puisse paraître, ce ne serait pas la première fois qu'une femme me ferait cet effet. Mais cela reste tout de même extrêmement rare et cette fois, ce serait avec une intensité jamais atteinte.)

A nouveau le barman nous informe de la fermeture, nous finissons la bouteille et sortons pendant que le hollandais va payer cette dernière. Ta maman, un peu grisée par l'alcool, titube légèrement en descendant les marches du bar, je la prends par la taille en feignant de l'aider et puis je me lance... Je n'ai plus le choix, il faut agir, c'est le quitte ou double, le banco, je mise tout d'un coup, je l'embrasse. Sans la forcer le moins du monde je pose mes lèvres sur les siennes et je sens immédiatement qu'elle ne fait pas que de se laisser faire. Elle y met autant d'ardeur que moi et vraiment, je n'en reviens pas…

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Tout à coup, tout le monde veut aller se coucher... Sauf nous deux. Sa copine prend peur devant la tournure des évènements, elle tire ta maman par la manche et essaie de la raisonner en japonais. Je comprends sa légitime inquiétude et essaie vainement de la rassurer.

Je propose à mes acolytes de raccompagner les filles à leur hôtel mais ils veulent aller se coucher, les lâcheurs. J'insiste auprès du hollandais et il accepte finalement de les raccompagner avec moi, l'autre nous dit au revoir et se dirige vers sa pension à dix sous.

Elles sont dans un hôtel très classe et il doit être environ une heure du matin, le portier de nuit visiblement inquiet en nous voyant nous arrête dans le hall pour nous interdire l'accès à la chambre. Il nous explique que l'accès aux chambres est réservé aux seuls clients, je lui avoue comprendre son inquiétude mais j'insiste et il nous donne finalement cinq minutes pour les raccompagner à la porte de leur chambre.

Nous entrons dans la chambre, discutons un peu. Je me demande quoi faire quand le téléphone sonne, c'est le portier qui nous rappelle que les cinq minutes sont finies. Mon collègue me demande aussi de partir. Alors j'embrasse ta maman et lui demande de passer me voir le lendemain sur mon lieu de travail, je lui dis que si elle ne peut pas venir, je reviendrai la voir demain soir à cet hôtel.

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Tout ceci m'a profondément troublé et en sortant, je réalise que je ne me sens pas bien du tout. Je salue mon collègue devant son hôtel et me dirige à pied vers le mien. Qu'est ce qui m'arrive? J'ai mal au ventre, envie de vomir, quelques sueurs. La demi-heure de marche qui me ramène vers ma chambre me paraît de plus en plus longue. Je suis vanné quand j'arrive à mon hôtel. Mais ici, luxe de la pauvreté, il n'y a pas de portier pour m'embêter.

Avant d'entrer dans ma chambre je cours aux toilettes, (sur le palier, comme il se doit dans un établissement de cette classe). C'est là que je commence à comprendre que je suis vraiment malade.

Vers trois heures du matin, cela doit bien faire cinq ou six fois que je me rue en sueur dans le couloir pour littéralement me vider dans les toilettes. Je passe finalement toute la nuit à faire cela, vomissements coliques et diarrhées se succèdent. La situation n'est plus romantique du tout et pourtant je continue à penser à ma belle japonaise qui dort dans son hôtel.

Le soleil se lève sur la baie des anges, je n'arrive pas à admettre que le reflet qui apparaît dans le petit miroir du lavabo est celui de mon visage. Je suis blanc comme un mort, les yeux cernés et les cheveux en bataille. J'ai envie de rester au lit mais c'est le dernier jour de mon séjour et je dois rendre la chambre avant 10 heures. Je reste un peu plus dans mon lit puis je fait mon sac et résigné je descend. Je salue le propriétaire et lui signale que je ne prendrai pas de petit-déjeuner (A lui seul, le mot me donne la nausée). Je lui demande de me garder mon sac jusqu'au soir.

En arrivant au supermarché, mes deux collègues me regardent et me demandent ce qu'il m'arrive. Je leur explique. J'ai très soif, je bois un verre d'eau en bouteille de mon stand et je cours immédiatement le vomir aux toilettes. Même l'eau me fait vomir, cela ne m'était jamais arrivé. J'ai très soif mais toutes les tentatives se terminent invariablement de la même façon. Je ne tiens plus debout, je me rends compte que je ne peux absolument pas travailler. Un animateur voisin me passe les clés de sa voiture garée dans une rue proche du magasin pour que je puisse aller m'y allonger. Mes deux acolytes prennent mon stand, le déplacent vers les leurs et me disent de ne pas m'inquiéter, ils s'occupent de tout. Je les remercie chaleureusement, ils sont vraiment sympas. Dans la voiture je dors et me réveille souvent en catastrophe, ouvre la porte et vomis dans le caniveau. Les passants n'en croient pas leurs yeux et il pense très certainement tous que j'ai trop bu. Cela m'énerve car non seulement je n'ai pas bu mais en plus, j'aimerais bien boire, oui, vraiment ! Dans l'après midi, je vais dans un bar et commande un jus d'orange, j'en ai vraiment envie, il passe, je suis sauvé. En début de soirée je me sens mieux, je ne peux toujours  rien avaler à part des jus de fruits. 

Je pars avec mes deux compères vers la gare, arrivé la bas je veux directement aller à l'hôtel retrouver ma dulcinée mais le Hollandais m'en dissuade. Il m'explique que rien n'est possible avec cette fille qui voyage et qui vit à plus de dix mille kilomètres. Je finis par reconnaître qu'il a raison et j'achète mon billet de train pour Lyon tout en sachant déjà que je ne partirai pas sans la revoir. Mon train part dans une petite heure, j'explique à mes deux amis d'une semaine que je ne peux pas tenir et qu'il faut absolument que j'aille la retrouver comme je le lui avais promis, je leur dis au revoir. Je ne les reverrai jamais plus…

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  J'arrive à l'hôtel, heureusement le portier n'est pas le même que la nuit dernière, je le salue poliment et il me laisse prendre l'ascenseur. En fait, il doit simplement me prendre pour un client qu'il n'a encore pas vu. Je frappe à sa porte. C'est elle qui vient ouvrir, nous nous sautons au cou et nous nous embrassons longuement dans le couloir. Ensuite elle ferme la porte derrière elle, je comprends déjà en voyant ce geste que les choses se présentent mal. Je lui montre mon billet de train, lui explique qu'il part dans une demi heure environ et lui dit "Ce billet de train, il ne tient qu'à toi que je l'utilise ou pas, dis moi un seul mot et je reste."

Des larmes commencent à rouler sur ses joues roses , nous nous embrassons tendrement puis elle m'explique en sanglotant qu'elle voyage avec une amie, qu'elle ne peut pas la laisser finir le voyage seule, qu'elle vit trop loin d'ici pour que l'on se revoit un jour. Elle me dit que cela lui est très difficile de me dire ceci, qu'elle voudrait vraiment rester avec moi mais que c'est impossible. Et puis pour m'achever, elle me supplie de partir, pour l'aider. Je fonds en larmes également et là, je me dis que je suis amoureux, vraiment… et que j'ai incontestablement vraiment pas de chance car je sais bien qu'elle a raison. Nous nous embrassons encore longuement, nous n'arrivons pas à nous lâcher. Nos larmes se mélangent, nous ne savons pas encore que cette fusion est aussi définitive que celle, inconsciente, de nos âmes. Elle me chuchote à nouveau dans l'oreille : "Please". Je recule, elle aussi, et quand nos mains ne peuvent plus se tenir, le bout de nos doigts glisse, nos bras retombent lourdement. Je m'éloigne dans le couloir en reculant et, les yeux dans les yeux, en pleurant tous les deux comme des enfants nous nous disons au revoir de la main. Sa silhouette disparaît définitivement dans la brume de mes larmes. Je voudrais que la cabine de l'ascenseur s'écrase quelques étages plus bas.

Dans la rue, je respire à pleins poumons pour essayer de me calmer, je sèche mes larmes et essaie de me reprendre. Je regarde par dessus mon épaule avec l'espoir de la voir courir vers moi comme dans tous les bons films. Mais je suis seul dans cette rue sombre. 
C'est dur, vraiment dur, je sais que je passe à coté de quelque chose de grand. Tour à tour, je m'apitoie sur mon sort et puis je me maudis. Je ne supporte pas le définitif, c'est peut être pour cela que la mort me fait si peur. 
Mais cette histoire n'est elle pas, elle même, une preuve supplémentaire du caractère parfois aléatoire du définitif. Je souhaite de tout mon coeur que la mort ne soit également  que "temporairement définitive"... Je crois que c'est la seule manière pour moi de l'appréhender sereinement. Toutefois, quand j'y pense sérieusement, le caractère hypothétiquement temporaire de la mort me pousse dans une confrontation terriblement angoissante avec l'éternité. L'éternel, par son caractère non moins définitif, n'est-il pas aussi effrayant que son antonyme ? 
C'est toujours dans les moments de grande détresse que les questions métaphysiques m'envahissent. L'infini ne peut exister, et pourtant l'univers
ne peut être fini. Nous glorifions l'esprit humain qui se révèle pourtant incapable de comprendre le vrai sens de la vie, s'il en est un. J'espère bien qu'un jour, comme devant un professeur qui résout sur le tableau noir un problème que l'on pensait insoluble, nous nous frapperons le crâne pour nous punir de notre bêtise. Peut être dans les secondes qui suivront notre propre mort...

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A la gare, j'ai juste le temps de téléphoner à mon père pour lui annoncer l'heure d'arrivée de mon train à Lyon. Je dois arriver vers une heure du matin et je lui explique qu'il peut attendre le lendemain pour venir me chercher, ce ne sera pas ma première nuit dans une gare. Comme d'habitude, il me dit qu'il n'y a pas de problème, qu'il sera à Perrache à l'heure dite.  Une fois de plus je me dit qu'il est vraiment super, il a toujours répondu présent pour me conduire ou venir me chercher dans des gares, des aéroports ou ailleurs, et ceci par n'importe quel temps et à n'importe quelle heure. Comme cela est réconfortant quand l'on se sent si seul de savoir que l'on compte pour quelqu'un…Le voyage prend environ six heures, c'est long quand on est triste. Je n'arrive pas à m'endormir, je ne fais que penser à elle.

  Quand j'arrive à Lyon, la gare est quasiment déserte et mon père est sur le quai. Pendant le voyage jusqu'à la maison, je ne peux résister à l'envie de lui parler brièvement d'elle. Il m'écoute et cela me fait du bien.

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Le lendemain matin je suis toujours malade, je ne peux rien avaler et je suis maintenant presque certain que seule une huître a pu me rendre malade à ce point. C'est le dimanche soir que je pourrai manger quelque chose de solide pour la première fois depuis près de quarante huit heures. Dans la pizzeria d'un petit village voisin du mien, je raconte mon aventure à mon frère Patrick et à mon ami Cyril. Je croie qu'ils ne réalisent pas à quel point tout ceci m'a marqué, ils doivent penser que ce n'est qu'une amourette de plus.

Quand je vais me coucher, j'essaie de me raisonner, je me dit que c'est bel et bien fini, que de toute façon, nous n'avons absolument aucune chance de nous revoir un jour, c'est tout à fait impossible. Nous ne connaissons ni l'un ni l'autre nos noms de famille réciproques, n'avons gardé aucune adresse, rien, juste une énorme blessure au fond de nos cœurs…

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Le lundi matin, je me sens mieux, j'arrive à prendre un petit déjeuner, et au moment ou je le termine le téléphone sonne, ma mère va répondre puis m'appelle en me disant que c'est une anglaise qui à l'air de vouloir me parler. Cela ne nous surprend ni l'un ni l'autre puisque j'ai des amies en Angleterre et aux Etats unis.

Je prends le combiné et je reconnais immédiatement sa voix quand elle prononce mon prénom. C'est Elle… Je lui dit que je suis tellement heureux de l'entendre et lui demande immédiatement comment elle a fait pour .me retrouver. Elle m'explique qu'au restaurant, quand je lui ai fait un plan pour une hypothétique rencontre au supermarché ou je travaillais, je l'ai fait au dos d'une de mes cartes de visite. Cette petite carte de visite nous a sauvé. Elle commence par me demander si la personne qui lui a répondu est ma femme ! Je lui assure que je ne suis pas marié et que c'était ma mère mais elle doute encore et m'apprend que mes "collègues" de Nice ont profité d'un moment d'absence de ma part pour lui dire que j'étais marié. (Les salauds... Eux qui l'étaient tous les deux).
Elle m'explique qu'elle est à Menton, qu'elle veut me revoir et qu'elle prend le train pour Dijon cet après midi, qu'elle aimerait que l'on puisse se retrouver à Lyon ce soir. Sa copine est d'accord.

 

Vers dix huit heures, je suis sur le quai de la gare de la Part Dieu, elles sont là toutes les deux. Nous nous embrassons longuement et nous dirigeons vers le centre ville, en chemin, je m'arrête chez Michel, un ami d'enfance (Si je ne la revoie pas, je pourrai au moins parler d'elle avec un de mes amis). J'achète deux ou trois pizzas dans la pizzeria d'en face et nous les mangeons tous ensembles, elle, sa copine Emiko, Michel, son amie Evelyne et moi.

Plus tard dans la soirée, je gare ma vieille fiat place Bellecour, et nous trouvons un hôtel dans la rue piétonne qui part vers Perrache. C'est ici que nous passerons notre première nuit ensemble.

  Le lendemain matin, je me souviens qu'une contractuelle est en train de rédiger un PV devant ma voiture, je l'interpelle et poliment, lui demande de ne pas continuer. Elle me dit que mon réservoir est percé et qu'elle ne verbalisera pas si je vais chercher du sable sur la place et le jette sur la flaque d'essence pour l'éponger. Je m'exécute à contre cœur tout en l'insultant copieusement par la pensée.

Ta maman et moi, nous ne pouvons plus nous quitter, elle va venir avec moi chez mes parents. Nous insistons auprès de son amie pour qu'elle vienne aussi mais elle veut visiter Dijon et elles se donnent finalement rendez vous à Dijon pour le mercredi puisque je me suis engagé pour une animation à Moulins dans l'Allier les jeudi, vendredi et samedi suivants.

Nous arrivons au village en fin de matinée, il fait un temps magnifique et ta maman est très impressionnée par la beauté des paysages. J'ai prévenu ma mère qu'il y aurait un couvert de plus et, comme toujours, elle me dit que ce n'est pas un problème, que mes ami(e)s sont toujours les bienvenus. (Elle est géniale, ma maman à moi).

Quand nous arrivons, ton grand père et ton oncle ne savent pas que nous serons cinq au repas. Mais quand il rentre du travail, ton grand père est déjà au courant. Dans ce petit village les informations circulent vite et le cantonnier de commune  que j'ai croisé sur la route en arrivant, l'a déjà prévenu "qu'il y a quelque chose de joli chez lui". Il s'en réjouissait d'avance et n'est pas déçu du tout, je le voie nettement dans le regard complice qu'il me lance après avoir longuement admiré ta maman.

Ton Oncle Patrick, lui, est vraiment très surpris quand il entre dans la cuisine mais il s'en remet vite et notre premier repas ensemble est joyeux et animé. Je ne cesse de traduire leurs questions puis les réponses qui sont invariablement accompagnées d'un sourire plus qu'agréable. Ta maman les a vite tous conquis, tout le monde l'apprécie beaucoup et me félicite pour ma conquête dont je ne suis pas peu fier. Nous passons notre temps à nous embrasser et à nous balader dans les bois, les prés. Le lendemain après midi, je la reconduis au TGV à Mâcon pour qu'elle rejoigne son amie à Paris. Nous avons convenu de nous retrouver à Paris le dimanche suivant et je réserve en sa compagnie mon billet de train.

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 Le lendemain elle m'appelle pour me donner le nom, l'adresse et le numéro de téléphone de son hôtel. Je passe les trois jours suivants en animation à Moulins et j'appelle son hôtel à plusieurs reprise, le type de l'accueil me répète toujours la même chose : il n'y a pas de Japonaises dans son établissement. A chaque fois j'insiste, je lui dit que c'est impossible, que c'est très important, qu'il se renseigne. Rien à faire, il est sûr de lui et moi, je ne comprends plus rien. Même si je ne peux le croire, j'envisage une éventuelle fuite de ta maman pour mettre fin à une relation dont l'avenir est de toute façon largement incertain du fait de l'éloignement de nos deux pays.
Le soulagement est immense quand, le samedi soir, elle m'appelle enfin, et me dit qu'elle commençait à croire la même chose vis à vis de moi. Elle m'explique qu'elle était bien dans cet hôtel et qu'elle l'a quitté ce matin. Nous ne saurons jamais pourquoi la réception m'a mentit pendant trois jours.

Quand je monte dans le TGV, le dimanche à Mâcon, je sais qu'elle m'attendra à la gare de Lyon (à Paris). Le voyage se passe dans la détente puisque je rencontre dans le train une copine d'école très sympa que je n'ai pas revue depuis plus d'un an.

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 En arrivant Gare de Lyon, elle est là, au bout du quai et je suis fou de bonheur. Je suis à nouveau optimiste et je commence à me dire que rien ne pourra plus nous séparer définitivement. Nous passons quelques jours très romantiques dans la capitale, dans un petit hôtel de Saint Germain des prés. Nous nous promenons dans Paris, nous ne cessons d'écouter l'album "Promise" de "Shadé" sur le walkman "made in Japan" en partageant les écouteurs, cela nous donne une raison supplémentaire de nous serrer l'un contre l'autre. Nous rentrons à nouveau ensemble dans mon village pour trois jours environ, le temps pour moi de lui présenter mes amis et ma famille dans le sens plus large du terme.

Elle est ensuite repartie pour le Japon. La quitter à nouveau à la gare TGV de mâcon a été un vrai déchirement mais nous sommes maintenant certains tous les deux que notre avenir est forcément commun. L'idée de partir au Japon tout de suite ne fait que m'effleurer puisque je dois me présenter sous les drapeaux dans moins d'un mois et que la désertion est un acte très grave.

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 Nous ne nous reverrons plus pendant sept longs mois pendant lesquels je ne toucherai plus une seule fille au grand étonnement de mes amis. Je lui resterai fidèle sans me forcer, naturellement, parce que je lui appartiens, tout simplement. Nous nous écrivons au moins une fois par semaine et c'est moi le premier qui, dans un de ces courriers, parle de mariage. L'été 1988 nous permettra de passer un mois ensemble, elle revient en France et je pose tous mes congés militaires de l'année en une seule fois. Nous nous séparerons à nouveau pour cinq mois, puis, quelques jours à peine après la fin de mon service militaire, (fin novembre 1988) je m'envole pour Tokyo via le Pakistan et la Chine. En voyant l'Océan Pacifique, je réalise un vieux rêve. J'y resterai un peu plus de deux mois et y ferai la connaissance de mes merveilleux beaux-parents.

C'est au mois de février 1989 que nous rentrons en France. Après plus de deux mois au Japon, un grand voyage, des escales aux Philippines, au Pakistan et en Égypte, un superbe séjour en Thaïlande ou il faisait 35 degrés,  nous arrivons à Paris ou la neige nous frigorifie.  

Certains nous ont dit que notre projet de mariage était quelque peu insensé, que nos pays étaient trop éloignés, nos cultures trop différentes. Ils ont dit cela en toute bonne foi et parce qu'ils nous aimaient, nous ne leur en voulons pas. Mais tes quatre grands parents, eux, ne nous ont jamais rien dit qui puisse nous faire renoncer à notre amour. Avec abnégation, ils nous ont fait confiance, et nous sommes heureux de pouvoir leur dire aujourd'hui, pour les remercier, qu'ils ont eu raison.

 Envers et contre tout, nous nous sommes mariés le 15 Juillet de la même année.

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 Alors quand tu regardes les étoiles, mon fils. Quelle que soit l'impression de grandeur ou d'insignifiance, de force ou de faiblesse que tu ressens, n'oublie jamais que, pour tes parents, tu es et seras éternellement ce qu'il y a de plus important dans cet univers sans fin. Rappelle-toi toujours que le plus beau cadeau que tu pourras nous faire en tout temps et en tout lieu, c'est nous offrir l'image de ton bonheur.

Ton Papa qui t'aime.                                           

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